ou Pourquoi conserver l’abeille noire en Normandie ?

L’importation d’autres races d’abeilles pratiquée ces dernières décennies menace l’intégrité même de l’abeille noire et lui fait perdre ses spécificités. L’hybridation incontrôlée qui en résulte accentue grandement les problèmes d’agressivité et d’essaimage. Soulignons que pour maintenir ces races importées, les apiculteurs concernés doivent renouveler régulièrement leurs colonies ou  leurs reines afin de maintenir les caractères de la race qu’ils ont choisie.

Aujourd’hui, avec la redécouverte de l'importance de l'abeille dans l’environnement, beaucoup de nouveaux apiculteurs créent leur rucher avec des abeilles étrangères par manque d'information mais aussi par manque d’offre en abeilles noires.

 


Pourquoi utiliser l’abeille noire

dans son rucher en Normandie


Races d’abeilles

Les abeilles utilisées en apiculture appartiennent à l’espèce Apis mellifera, qui signifie abeille qui transporte du miel. Au sein de cette espèce, il existe une diversité de races, avec chacune leurs qualités propres, une couleur et une morphologie différente qui permettent de l’identifier.

En s’adaptant au milieu où elles se sont développées, des races naturelles se sont différenciées :

•   l'abeille noire qui s'étend dans toute l’Europe de l’ouest et du nord, Apis mellifera mellifera ;

•   l'abeille italienne, dans la péninsule italienne, Apis mellifera ligustica ;

•   l’abeille carniolienne, établie en Europe centrale, Apis mellifera carnica ;

•   l’abeille caucasienne, dans le Proche-Orient, Apis mellifera caucasia.

Une nouvelle race la Buckfast ® a été créée à partir d’une sélection d’hybrides par Frère Adam (1898-1996)

Contrairement aux autres races citées, l’abeille noire est celle dont on a le plus négligé la sélection rationnelle.


L’abeille noire, un patrimoine en danger

Il y a encore 50 ans, l’abeille noire était presque l’unique race en Normandie. Elle peuplait la quasi-totalité du nord et de l’ouest de l’Europe depuis des millénaires, modelée par la nature et  adaptée aux environnements les plus divers.

L’abeille noire normande présente de nombreux avantages :

•   Autonome, d’une  grande longévité, elle a tendance à stocker ses provisions près du couvain, ce qui lui permet de traverser les périodes difficiles avec des chances de survie élevées, en limitant l’apport de nourriture artificielle par l'homme.

•   L'abeille noire de Normandie est acclimatée aux variations météorologiques et à l'apiculture sédentaire pratiquée par la grande majorité des apiculteurs de la région. Son développement suit celui de la flore et les colonies sont populeuses, donc aptes à récolter, au moment où les floraisons locales sont les plus abondantes.

•   Sa faculté, plus grande que la plupart des autres races, à récolter une grande diversité de pollens font d’elle une excellente pollinisatrice. Par ailleurs, son ardeur à butiner n’est plus à démontrer.

•   L'abeille noire a son caractère qui peut facilement être adouci par un minimum de sélection.


Un mode de reproduction particulier

Les apiculteurs ne maitrisent pas, ou difficilement, le mode de reproduction de leurs abeilles. Chacun est donc dépendant de ses voisins. Aussi suffit-il d’avoir sur un même territoire des types d’abeilles différents pour que l’ensemble des caractères des abeilles de ce secteur soient modifiés.


Reconnaître l’abeille noire

Les formes et les mesures de l’abeille noire décrites depuis plus de 50 ans restent valables aujourd’hui : taille du corps, de la langue, couleur, pilosité, nervures des ailes.

L’apiculteur peut reconnaître l’abeille noire au rucher en observant la couleur sombre de son abdomen, l’organisation de son nid à couvain et le parfait développement de la colonie avec son environnement.

Avec l’aide de matériel informatique, les ailes peuvent être analysées et fournir une évaluation quant à leur conformité à la race de référence.

Choisir l’abeille noire, c’est :

•   Respecter un héritage millénaire

•   Etre autonome dans son apiculture

•   Conserver les caractères spécifiques et adaptatifs de cette abeille

•   La transmettre aux générations futures

•   Permettre sa disponibilité pour les apiculteurs amateurs et professionnels, en race pure ou en croisement productifs.

L’étude du cheptel français de Lionel Garnery, chercheur au CNRS, a établi que des secteurs comme la Normandie recelaient encore une forte proportion d’abeilles noires, ce qui les plaçait dans de bonnes conditions pour conduire des programmes de sauvegarde.

Les autres races d’abeilles, elles aussi sont soumises aux mêmes menaces et doivent être sauvegardées dans leur aire de d’influence.